Aujourd’hui ….. Tournée des cimetières !! Oui je l’ai fait ! Quatre villages à sillonner, pour s’arrêter quelques minutes sur une pierre déposée là où gisent … les restes des aïeux. Chaque année je répète à mes enfants, que le jour venu où je devrais partir je ne voudrais en aucun cas qu’ils me déposent au fond d’un trou ! Je trouve cela pathétique. Alors vous allez me demander « pourquoi y aller ? » La première raison est sans doute _pour faire plaisir à maman_ Cela peut sembler idiot, mais c’est important pour elle. Elle est allée gratter la tombe du tonton célibataire dans le froid jusqu’à la nuit tombante avec un détergeant hyper corrosif pour nettoyer la vieille pierre non polie. Elle s’est meurtrie les mains et abîmées les genoux. Elle en était fière.

La seconde raison est que je n’y retournerais plus. Je suis allée revoir une dernière fois.

Je me souviens de toutes ses toussaints où nous devions aller aux vêpres. Longues liturgies interminables où tous ces visages inconnus se mouchaient dans d’immenses douleurs extraverties. L’encens qui en se balançant le long d’une chaîne cliquetante provoquaient des râles bruyants et les toussotements qui se mélangeaient aux chuchotements des vieilles en chapeaux noires récitants inlassablement leur rosaire! Quel calvaire ! Pour passer les temps, la petite fille que j’étais scrutait les visages et les regards. Je voyais avec amusement les coups d’œil sur le manteau avec un col de renard de la dame devant, Le regard en biais d'une autre sur les bottes neuves de sa voisine. Les moues de ma voisine sur le chapeau assorti aux gants de ma maman, Les messieurs lever discrétement la manche pour regarder l'heure, un autre se faisant pousser au coude car il s'endormait. Et on voulait me faire croire que tout ces gens étaient là pour leurs bien chers défunts ? Hé hé , je me marrais intérieurement et celle qui me tenait la main la serrait plus fort pour me faire comprendre que « c’est devant que ça se passe !» Apres nous avions droit à la procession en chant vers le cimetière où nous allions nous recueillir sur les tombes du presque tout village puisqu’ils étaient tous en famille : Interminable cheminement à la queuelele à nous refiler la petite branche de thuya trempée dans l’eau bénite pour asperger les tombes de personnes mortes au siècle dernier. J’en profitais pour arroser un peu les chaussures de mes sœurs et éclabousser les lunettes de mon frère, ce qui faisait pouffer tout le monde au moment où il fallait avoir sa plus triste mine de l’année.

L’origine de cette fête (détournée pour les besoins d’une église catholique se voulant canaliser, superviser et contrôler les esprits) me laisse à penser qu’au fond de moi, je ne me suis jamais laissé envahir par ce catastrophisme au culte de la mort.

Je pense aux miens avec joie, chez moi …quand j’en ressens le besoin.

Et j’ai une pensée pour les horticulteurs qui font leur chiffre de l’année… Merci pour eux de continuer à déposer vos chrysanthèmes sur les tombes le premier Novembre.

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